16/03/2007
Le CNAM Ile de France : 14 centres d'enseignement et 4 antennes fréquentés par près de 7000 auditeurs, dont 2500 ont choisi la formation ouverte à distance (FOD).
Mr GUILLEMAUD, l'expérience du CNAM dans la FOD vous permet d'avoir un recul sur la façon dont un individu peut aujourd'hui se diplômer à distance. Pouvez-vous nous apporter vos réflexions sur cette expérience ?
La formation à distance permettant d'accéder à un diplôme a été mise en place en 1997 au CNAM par le biais d'un site internet appelé PleiAde. C'est entre 2000 et 2002 que nous avons pu proposer la mise en ligne d'un tiers des chairs unités d'enseignement qui sont proposées à nos auditeurs dans le cadre des programmes nationaux du CNAM. Nous avons dû également nous adapter à la réforme de la L.M.D. [Licence, Master, Doctorat], afin de nous mettre en phase avec ces nouvelles exigences.
Le véritable « décollage » de la formation diplômante n'est intervenu que depuis peu de temps.
Ce que l'on constate, c'est que la démarche consistant pour un individu à se diplômer à distance, est une démarche initiée à partir d'une motivation et d'une initiative individuelle.
Beaucoup de nos auditeurs ne souhaitent pas informer leur employeur de leur démarche. Ils trouvent alors dans la formation à distance un moyen souple et efficace leur permettant d'aménager eux-mêmes le rythme de leur travail.
La croissance significative de la demande en FOD et les motivations identifiées, semblent indiquer une grande différence de qualité de dialogue employeur/salarié selon la taille et le genre de l'entreprise. On remarque clairement l'attitude d'un salarié issu d'une entreprise exsangue de politique de formation, généralement de petite taille et peu encline à voir ses salariés croître trop rapidement en compétences. En revanche, les motivations des salariés issus de grandes entreprises ou de celles ayant développé une GPEC, sont tout autre même si la discrétion est là aussi recherchée.
Monsieur GUILLEMAUD, y-a-t-il des difficultés matérielles particulières particulières pour se diplômer par la formation à distance ?
Il n'y a pas aujourd'hui de difficultés matérielles pour se diplômer à distance. Les difficultés sont d'ordre moral. Vient s'y greffer la motivation, mais également le positionnement de l'individu dans sa vie personnelle et professionnelle : qu'est-ce que je vais faire avec ce diplôme, suis-je en phase avec mes compétences, est-ce que cela correspond bien à mon projet professionnel, ai-je le soutien de mon entourage personnel ?
Pour répondre à toutes ces questions, et faire en sorte d'accompagner au plus près l'individu dans son initiative, le CNAM IDF a mis en place des permanences, dans lesquelles des assistantes reçoivent chaque personne individuellement et s'assure que le projet est en phase par rapport aux exigences du diplôme.
Dans un second temps se pose le problème de l'environnement numérique qui entoure l'auditeur dans son apprentissage. On a constaté que plus les unités de formation, plus les supports mis en ligne, comportaient de liens Internet, moins l'individu apprenait.
D'où l'intérêt d'avoir des modules de formation étudiés et adaptés à ce type d'enseignement.
Nous avons également constaté des difficultés concernant l'idée que peut se faire l'auditeur sur la quantité de travail contenue dans chaque module. En effet, un écran d'ordinateur ne donne pas à un individu la même représentation que peut avoir une masse de livres à étudier. La matérialisation est difficile.
Nous avons mis en place des systèmes permettant d'assurer un « dosage » de la progression, afin d'éviter de « noyer » l'individu.
Enfin, qui dit formation à distance, dit isolement de l'individu. Afin de briser cet isolement et permettre un suivi de l'auditeur, comme si ce dernier se trouvait dans une formation en présentiel, nous avons mis en place un système de tutorat très poussé.
Il est important que les règles du jeu soient complètement connues de l'auditeur en début de parcours.
Nous réalisons des tests d'assiduité, permettant ainsi de contrôler l'auditeur dans la progression de son apprentissage.
Monsieur GUILLEMAUD, avez-vous un retour chiffré du taux de réussite des personnes utilisant ce mode de formation pour se diplômer ?
Comme je le disais, beaucoup de personnes entrent dans cette forme de formation diplomante de leur propre initiative. Ils sont donc seuls face à leur propre motivation.
Ce que l'on constate à ce jour, c'est que la moitié d'entre eux arrivent au bout du cursus.
Par contre le niveau de réussite est exceptionnel, car sur cette moitié nous enregistrons 80% de réussite au diplôme et 40 % obtiennent une note globale supérieure à 15 / 20.
Certes le taux d'abandon peut rebuter les futurs candidats, mais il doit être pris comme une réflexion afin de murir son projet.
Car derrière cela, il faut voir le taux de réussite, impressionnant par sa qualité.
La formation diplômante à distance est une des réponses aux attentes de certains salariés : cette démarche mérite une grande réflexion, une préparation, une motivation certaine. Si tous ces facteurs sont réunis, le succès est au bout du chemin.
Pour l'entreprise, ce type de formation va de plus en plus s'intégrer dans le plan de formation interne, afin de permettre d'apporter des réponses aux exigences de la loi du 04 mai 2004.
Propos recueillis par André ESCURE, ©ANDRE ESCURE CONSULTANT
André ESCURE
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Escure Consultant
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