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Entretien avec Djamel Teskouk, formation initiale et continue à la CGT

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05/11/2008

 Djamel TESKOUK est conseiller confédéral au sein de l'Activité Formation initiale et continue de l'Espace revendicatif de la CGT - Confédération Générale du Travail. Il a participé à ce titre aux travaux de la commission FORE. Il représente la CGT dans différentes instances, il est membre notamment du Conseil national de la formation tout au long de la vie.

Monsieur Teskouk, comment la CGT perçoit-elle l'outil FOAD dans l'environnement global de la formation continue ? 

Nous partons du principe que la formation professionnelle, réalisée dans le cadre de l'entreprise, c'est du temps de travail. Lorsque le salarié est en formation, il exécute une mission que lui confie sa hiérarchie, il est dans la relation de travail, dans un lien de subordination. Dans sa composante téléformation, la FOAD, c'est du télétravail, du temps de travail.

Si la formation se déroule pendant les horaires légaux, cela ne pose pas de problèmes juridiques particuliers. Mais lorsqu'elle est réalisée en dehors du temps de travail habituel, elle pose la question de la durée et de l'ampliture du temps de travail.

La FOAD, grâce aux outils modernes de communication, a pour premier avantage d'apporter de la souplesse dans l'organisation de la formation. Cette souplesse doit pouvoir profiter aux deux parties dans l'entreprise, l'employeur et le salarié.

On voit bien l'intérêt pour l'entreprise. Elle permet des réductions de coûts annexes (transports, absences au poste de travail) non négligeables ainsi qu'une individualisation des contenus et du rythme des actions de formation.

On comprend également l'intérêt pour le salarié : bénéficier d'une formation personnalisée, utilisable au gré de ses disponibilités, ce que permet théoriquement la FOAD.

Il faut cependant être vigilant sur les modalités de mise en oeuvre, car en sollicitant le salarié au-delà des heures normales de travail, elle peut mettre en cause ses droits au repos, empiéter sur sa vie personnelle et familiale, sans véritable contrôle. Les règles d'exécution du contrat de travail peuvent être remises en cause de façon insidieuse sans que le salarié ait la possibilité de se défendre.

Pour autant la CGT n'est pas opposée à un développement de la FOAD. D'ailleurs la CGT développe en interne une formation syndicale intégrant la FOAD. Il ne faut pas se priver d'un tel outil, mais il faut demeurer vigilant quant aux conditions d'utilisation.

Il est dit que la FOAD participe à l'amélioration de l'aménagement du territoire. Qu'en pense la CGT ?

La CGT est très sensible au fait que toute personne quelque soit le lieu où elle réside puisse bénéficier de moyens lui permettant de se former. Pour les habitants de zones géographiques où l'accès à la formation peut être compliqué, la FOAD qui permet de se former dans des lieux identifiés et dévolus à cet effet, tels que les points d'accès à la Téléformation (PAT), les maisons de l'emploi, les annexes des conseils généraux ou conseils régionaux, peut être un atout indiscutable pour ces populations, et représenter un véritable progrès.

Mettre à la disposition des populations les infrastructures modernes de communication et des lieux appropriés pour la FOAD est d'ailleurs une mission des pouvoirs publics dans le cadre de l'aménagement du territoire.

Pensez-vous que la FOAD puisse être une technologie à la portée de tout organisme de formation ?

La conception d'un outil pédagogique utilisant la FOAD nécessite une ingéniérie de formation développée. La complexité de l'élaboration des contenus et des méthodologies nécessite des moyens et des compétences humaines dont peu d'organismes de formation disposent en interne. Lancer un  programme est cher et demeure l'apanage de grandes structures.

Imposer à l'ensemble des offres de formation d'intégrer la FOAD dans leurs méthodes d'enseignement n'est pas réaliste.

Mais dans le même temps, laisser développer de la FOAD aux seules grandes entreprises représente un danger, cela pourrait menacer l'existence de nombre de petites et moyennes structures qui jouent un rôle important de proximité et d'adaptation de l'offre de formation.

Comment se fait-il que les OPCA [ Organismes Paritaires Collecteurs Agréés] soient aussi réticents au financement d'actions de formation réalisées avec l'outil FOAD ?

Vous avez raison, les OPCA dans leur grande majorité, sont assez réticients au financement d'actions de formation via la FOAD.

Les raisons peuvent être diverses, mais la principale est la difficulté du contrôle de la réalisté de l'action de formation réalisée en FOAD, du temps durant lequel elle est réalisée, et de la réalité des moyens mis en oeuvre. La circulaire de 2001 qui précise les conditions de mise en oeuvre d'une formation FOAD n'a pas permis de lever complètement ces ambiguïtés. Certains OPCA ont cependant fait des progrès.

Il faut poursuivre ces efforts et développer le financement des formations en FOAD tout en restant exigeants quant au contenu et aux modalités de réalisation des actions de formation.

C'est aussi l'intérêt des salariés. La FOAD peut leur permettre de mieux articuler des temps différents (temps de travail, temps de formation, temps personnel), leur donner des marges de liberté dans le cadre forcément contraint du lien de subordination.

Quel avenir pour la FOAD ?

La FOAD ne doit pas être réduite à la seule téléformation. Toutes les expériences montrent que la voie est à trouver dans un juste équilibre entre téléformation et formation en présentiel. C'est d'ailleurs pour cela qu'elle a été nommée FOAD qui signifie "formation ouverte et à distance".

Si la téléformation facilite l'approche individualisée du parcours de formation, l'apprenant évoluant à son rythme, le présentiel, lui, apporte la richesse et la dynamique du groupe, si nécessaire à la bonne compréhension et l'approfondissement du contenu de la formation.

La FOAD s'imposera si elle sait dépasser l'opposition entre ces deux voies de formation, si elle sait les articuler efficacement. Mais elle y parviendra encore plus si elle parvient à recréer, par le biais des nouvelles technologies, du collectif, de la dynamique de groupe là où le présentiel est trop difficile ou trop cher à organiser. 
 

Par André ESCURE, ©ANDRE ESCURE CONSULTANT

Ministere de l'enseignement supérieur

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L'auteur

André ESCURE
Tél. : 06 67 87 99 13
contact@escure-consultant.fr

Escure Consultant
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